Organisation : ce que les start-up enseignent aux groupes médias

#Startupfornews par Laurent Dupin

Agilité vs lourdeur. Cette opposition a structuré le débat organisé hier, 8 octobre, à La Cantine (Paris) sur le thème : « Startups for news : quelles synergies entre startups & groupes médias ? » (#startupfornews), avec des représentants des médias (L’Express, Le Monde, Rue 89, France Télévision) et des start-up (OWNI, WeDoData, Teleportd, Advocate Hypermedia), et animé par Philippe Couve.

Dans le rôle des pachydermes, les groupes de presse, bien sûr. « Le gros flip : à la rédaction de Libé, rien n’avait bougé ! », raconte, mi-amusée, mi-asphyxiée, Karen Bastien de WeDoData. Elle avait travaillé pour le quotidien il y a quelques années et venait d’y remettre les pieds pour réaliser, en tant que prestataire, une application mobile pour les présidentielles.

Les start-upers aiment avancer vite, sans se réunir dix fois, ni demander l’autorisation à qui que ce soit, en formation journaliste-développeur-graphiste, tous situés « à moins de deux mètres » les uns de autres…

« Etre en mode agile, résume Léon Buchard de Teleportd, c’est mettre toute le monde dans la même pièce pour que ça discute et que ça avance… Et c’est piocher dans ce qui existe (utiliser l’API Google Map, par exemple) sans vouloir réinventer la roue à chaque fois. »

Jean-Marc Manach, d’OWNI, a rappelé comment ils avaient créé, en quelques heures, une calculette qui permettait aux abonnés de Free de savoir si les nouveaux tarifs allaient alléger ou bien alourdir leur facture.

Même réactivité lors de la diffusion des premiers câbles de Wikileaks. L’un avait téléchargé les données brutes, tandis que l’autre s’appliquait à bâtir,grâce au crowdsourcing, un lexique du jargon de l’OTAN. Manach lançait avec les développeurs une requête SQL pour sélectionner tout ce qui concernait l’armée française. Les premières données sur les dommages collatéraux étaient présentées sous forme d’article et d’infographie…

Bilan, lorsque Wikileaks a divulgé une seconde série de câbles, en s’appuyant sur les médias pour l’analyse, OWNI s’est retrouvé aux côtés de the Guardian, du New York Times, d’El Pais, de Der Spiegel, et du Monde !

Ce désir de réactivité et d’innovation existe souvent au niveau des équipes rédactionnelles, constate Manach, mais « les principaux freins dans les rédactions sont les supérieurs, qui bloquent l’innovation par manque de savoir. » Une analyse partagée par les autres intervenants. Lors des formations numériques, les salariés disent souvent : « Nous sommes partants, mais il faudrait envoyer aussi nos chefs en formation pour que ça bouge ! »…

« Les médias nous disent : « On va vous recevoir bientôt… dans un mois ». Mais dans un mois mon produit ne sera plus le même ! », enfonce Léon Buchard de Teleportd.

Différence de mode de fonctionnement, et relation différente au temps. « Dans un média traditionnel, on est pris par la sortie du journal, du hors-série », constate Karen Bastien. Stanislas de Livonnière, associé chez Advocate Hypermedia, parle de décalage de « tempo »…

Mais les pachydermes se révèlent plus alertes qu’on ne l’imaginait, de l’extérieur.

Au Monde, rapporte Alexis Delcambre, rédacteur en chef du Monde.fr, où l’on veut miser sur l’innovation des équipes internes, la décision a été prise, de « protéger du temps pour que chacun, dans son métier, puisse explorer des choses », en travaillant les uns avec les autres, comme ce fut le cas pour le webdoc sur les primaires à gauche.

Même logique à L’Express, où Corinne Denis, DGA et directrice multimédia du Groupe Express-Roularta, constate une diffusion de la méthode « Test & Learn », chère au fonctionnement des Lab. Une logique qui gagne du terrain, puisque « les gens du web ont pris du grade » dans le groupe. Elle reconnaît cependant que tout n’est pas réglé : dans les groupes médias règne encore l’idée que « plus on peut retarder l’échéance du numérique, mieux on se porte »…

Yann Guégan, rédacteur en chef adjoint de Rue89, parle, lui, d' »infusion » des « bonnes pratiques » et des « bonnes ondes », en « créant », « testant » et « bousculant » les habitudes. Mais en s’appuyant toujours sur les compétences internes.

Le tandem journaliste-développeur forme, selon lui, un couple « très fécond ». Le journaliste vient avec une idée, on voit si c’est souhaitable et faisable, le développeur propose ses solutions : réutilisations de solutions existantes (Java, Google docs) ou création ex nihilo.

Plus pessimiste : Eric Scherer, le directeur de la prospective et de la stratégie numérique de France Télévisions. Le risque encouru par les médias traditionnels est de se faire « désintermédier », c’est-à-dire bousculer par de nouveaux arrivants qui se positionnent entre eux et le public. Exemples : la « social TV » (conversations en direct sur les réseaux sociaux durant les programmes de flux : émissions de plateau, JT magazines, jeux) ; « La nouveauté, ce n’est pas l’arrivée de la chaîne D8 mais celles des chaînes professionnelles chez Youtube ! ».

L’enjeu, pour lui, c’est vraiment de faire travailler ensemble des designers, des producteurs, des journalistes dans le domaine de la téléréalité, du sport, de la fiction…

« Il y a nécessité à se diversifier », martèle-t-il. Une diversité de mode de fonctionnement, qui entraine une diversité de projets… et donc une diversité de revenus, à l’image de la « marguerite » du magazine Wired. Chaque pétale représente une source de revenus distincte : « print », « podcast », « appli », « événement », « conseil/formation », « livres »…

► Le storify de la soirée, réalisé par Maël Inizan de La Cantine.
► Teleportd a mis en oeuvre sa technologie sur les photos postées lors de la soirée.
► D’autres photos de la soirée dans l’album Facebook de la Cantine.

A lire : d’autres articles sur la soirée

► Sur Mediaculture, l’intéressant regard de Cyrille Franck : « Les grand groupes médias peuvent-ils encore innover ?« .
► Capucine Cousin rentre dans le détail des exemples abordés lors de la soirée : « Comment les médias peuvent aspirer à l’innovation ».
► Laurent Dupin, du Web Lab solutions, s’intéresse à l’angle RH du débat :  » La Start-Up et les médias : modes de fonctionnement »

 

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